vendredi 13 février 2009, par cidrolin
Un banquier, c’est d’abord quelqu’un qui assure la faisabilité des échanges en rendant disponible l’argent liquide.
Etrange comme les choses peuvent changer en quelques années. Lorsque j’étais à l’université, on m’expliquait que battre monnaie est une des fonctions régaliennes de l’Etat (avec celle de faire régner l’ordre et de rendre justice). Et qu’est-ce que battre monnaie sinon déterminer la quantité d’argent liquide autorisée à circuler dans une économie ? Si ce n’est pas là la fonction du banquier, il est clair qu’il n’en a aucune.
Certes, l’Etat peut faire appel a des auxiliaires privés pour mener à bien cette rude besogne : en Belgique, la Banque Nationale (société privée, mais si) imprime les billets et frappe les pièces. Elle distribue aussi les liasses aux banques de crédit et de dépôt. En somme est est responsable de la logistique pour le compte du département des Finances.
A l’étage au-dessous, les banques de dépôt et de crédit sont en contact avec la population et gagnent leur avoine en répartissant les moyens au niveau du citoyen et de l’entreprise.
Rien ne dit que ces banques doivent être exclusivement des organismes privés : en Belgique, une banque publique a existé de 1850 à 1987 (si on considère le début de la privatisation, voir historique) : la Caisse Générale d’Epargne et de Retraite. Elle n’a pas été privatisée parce qu’en difficulté : l’histoire nous apprend qu’on ne privatise jamais que des entreprises publiques en pleine santé, d’ailleurs. Plus justement, outre la prégnance d’une certaine idéologie fort judicieusement désignée par les termes "pensée unique (ultra-)libérale", le souhait d’une équipe gouvernementale de disposer de menue monnaie pour bouchers quelques trous budgétaires a rencontré le désir du monde des affaires de s’emparer des fonds récoltés au titre des pensions de retraite des petits salariés pour réaliser de juteuses opérations spéculatives. Pour boursicoter, quoi.
La CGER pouvait difficilement prendre des risques importants sur ces fonds, parce que ceux-ci justifiaient que la [garantie de l’Etat soit accordée aux dépôts]. Et cette garantie à son tour justifiait la confiance accordée à le CGER par des ménages qui jusque là étaient reçus dans les grandes banques privées avec toute la considération due aux culs-terreux. Il fallait donc que ça change.
La CGER n’est pas la seule banque publique qui ait existé en Belgique : Le Crédit Communal, privatisé depuis sous le nom de Dexia, a hérité en 1921 de la fonction de trésorier des pouvoirs locaux. Une autre manne qui échappait largement aux appétits des spéculateurs. Quel scandale !
Enfin, les Comptes Chèques Postaux furent jusque 1995 un organisme bancaire totalement publis, le seul qui garantisse la gratuité des opérations sur compte courant (non rémunéré il est vrai). Depuis 1995 la Banque de la Poste est une Société Anonyme dont Fortis Banque détient la moitié des parts. Comme on le lit sur son site :
Banque de La Poste bénéficie du savoir-faire bancaire de Fortis Banque pour le développement et le lancement de ses produits
Sic.
Pour prétendre que "l’Etat n’a pas mission etc...", il faut donc méconnaître les fonctions régaliennes de l’Etat tout d’abord (à quand la privatisation de l’armée, de la police et de la justice ?), et tirer ensuite un trait sur une centaine d’années d’histoire de Belgique.
Même la fonction de collecte de l’impôt est d’ailleurs pour une large part une fonction de type bancaire...
Dans le cadre de la "construction européenne" la fonction de banque centrale a été délocalisée vers une institution (la BCE) sur laquelle ne s’exerce aucun contrôle démocratique, ni directement ni indirectement. Comme toute politique économique a un impact monétaire, et que la participation à l’Euro est verrouillée par un ensemble de critères qui concernent peu ou prou le volume de monnaie en circulation, le seul moyen qui reste à l’autorité étatique (c’est à dire dans une nation démocratique, au citoyen) de peser sur l’économie avec des objectifs qui dépassent l’esprit de lucre, c’est d’assumer le rôle de banquier !
Mais peut-on imaginer que Didier Reynders envisage un instant de mener des politiques économiques ? Alors que "le marché" nous donne tous les jours les preuves de son aptitude à répartir de la manière la plus équitable les richesses produites par le travail humain ?
Allons...